• Chapitre 1: Ce visage, encore et toujours

    Je commence à m'habituer au fauteuil roulant. Le plus dur reste le matin quand je dois placer mes jambes lourdes dessus, mais je commence à m'y faire. J'habite avec ma mère maintenant. Enfin, c'est comme si j'habitais avec une inconnue dans un endroit que je ne connais pas, mais je préfère me forcer à me rappeler le temps où j'habitais ici. Il y a des moments où quelques bribes de souvenirs reviennent, mais disparaissent aussitôt. Ce sont comme des espèces de flash qui me traversent l'esprit et c'est très effrayant.

     

    Aujourd'hui, ça va faire pile un mois que je me suis réveillée. Je suis toujours aussi perdue, mais il faut que je fasse avec. Ma mère est adorable, j'espère que j'ai été gentille avec elle avant mon accident. En tout cas, mes journées étaient assez ennuyantes, entre gérer mes déplacements, mes souvenirs éclairs et mon adaptation à cette vie dont j'ignore tout. Je ne vais pas dire qu'en ce moment je vais super bien. Chaque matin, c'est le cœur lourd que je peine à m'installer sur cet engin qui est mon seul moyen de me déplacer. C'est avec difficulté que je supporte ma mémoire vide, ou presque. Je suis vraiment perturbée, mon cœur est meurtri et j'ai l'impression d'être passée à l'état de larve. Je roule jusqu'à la cuisine, c'est l'heure du petit-déjeuner. Enfin, à ce qu'il parait.

     

    Ma mère est là, elle me fait son grand sourire habituel et comme chaque matin, me demande:

     

    -Bien dormi, ma belle ?

     

    J'acquiesce, rien n'a changer depuis mon arrivée ici. A part aujourd'hui. J'inspire à fond, et décide de lui parler sérieusement, pour la première fois depuis que je la connais:

     

    -J'ai fait un drôle de rêve cette nuit.

     

    Elle me regarde, étonnée que je lui adresse plus de trois mots. Prise de court, elle ne sait pas trop quoi répondre. Je lui souris, gênée.

     

    -Je me rends bien compte que je ne t'ai pas beaucoup considérée ces dernier temps. Tu prends soin de moi, et à la place, je ne te reconnais pas. Je commence à comprendre ce que tu dois ressentir et que je ne suis pas la seule à souffrir, ici.

     

    Je lève les yeux pour la regarder et je me prend une grande claque. Non, elle ne m'a pas frappée, mais ses larmes silencieuses, ses larmes qui ne pouvaient plus être retenues m'avaient fait un coup. Je m'attendais à tout sauf à ça, c'est la deuxième fois que je la vois pleurer, et à cause de moi en plus. Tout ce que je voulais à ce moment précis, c'était de me lever et de venir la serrer dans mes bras, mais je ne pouvais pas. Je me sentais stupide dans ce fauteuil, à la regarder pleurer sans rien faire. Nous étions deux femmes aux destins chamboulés, et je voulais y remédier.

     

    Quand ma mère finit par se calmer, elle posa sur la table de belles brioches, toutes sortes de jus de fruit, du lait, des confitures aux parfums variés, et de la pâte à tartiner. Tiens, je me souviens que j'aime la pâte à tartiner. Cette bonne nouvelle me remplissait d'espoir, et je m'empresse de dire alors:

     

    -Maman, j'arriverais à me souvenir de tout. Ça viendra petit-à-petit, ne t'en fais pas. Bon, maintenant je vais me servir de ce que j'aime prendre le matin, ma pâte à tartiner.

     

    Je lui adresse un clin d’œil pendant qu'elle affichait un sourire radieux.

     

    Le reste de ma journée fut comme toutes les autres, c'est-à-dire à regarder des photos et lire les livres qui m'appartenait. Bref, la quête de mes souvenirs.

     

    Il était l'heure d'aller dormir, et le cœur un peu plus léger, je me couchais, plongeant dans un profond sommeil. Trop profond. Je me sentis happée par un trou noir, encore, et je vis une fois de plus ce visage de garçon que j'ai du mal à distinguer. Tout à coup, des lumières aveuglantes qui s'approchent de moi à une vitesse fulgurante m'empêchent de le voir, et je suis là, immobile, à espérer qu'il aille bien. Le son du Klaxon retentit et puis plus rien. Je me réveille en sursaut, je transpire de partout, ma respiration est forte. Complétement paniquée, je sens mon cœur battre à tout rompre.

     

    -Encore ce rêve...

     

    Bon sang, on aurait dit un accident... Et ce visage, encore et toujours...


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